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La proposition fondamentale de la théorie C-K repose sur le fait que le point de départ de l’innovation est le Concept. Sans concept, la conception n’est réduite qu’à l’amélioration du standard ou la résolution de problèmes.

Introduction

Développée par des chercheurs Francais, la théorie C-K réunie deux mondes jusque-là séparés :

  • La tradition Architecturale et Artistique, le monde du Concept: il s’agit de la version traditionnelle du raisonnement de l’innovation. Elle base le raisonnement de conception sur la capacité à raisonner, à être créatif et la compétence à « l’expansion » (aptitude à générer du nouveau).
  • La tradition des ingénieurs, le Knowledge space: arrivée bien après la tradition de l’architecte, cette version du raisonnement de conception se base sur la connaissance et l’expérimentation.

La proposition fondamentale de la théorie C-K repose sur le fait que le point de départ de l’innovation est le Concept. Sans concept, la conception n’est réduite qu’à l’amélioration du standard ou la résolution de problèmes.

 

Structure de la théorie C-K

C : le monde des Concepts

L’espace des Concepts représente toutes sortes de propositions d’objets ou de services désirés. Par essence, une proposition n’a pas de statut logique dans l’espace K. Les concepts affirment l’existence d’un objet inconnu qui présente des propriétés souhaitées par le concepteur.

K : le monde de la connaissance

L’espace de la connaissance est défini par l’ensemble des connaissances disponibles à l’instant t. Ainsi, cet espace est extensible au fur et à mesure que de nouvelles connaissances apparaissent. Au contraire du monde des concepts, la structure de la connaissance est logique.

 

Les Opérateurs C-K

S’appuyant sur ces deux espaces, C et K, la théorie C-K montre que le processus de conception est le résultat de quatre opérateurs :

C , K → C,C → C, K → K

  1. C : On démarre par définir notre Concept.
  2. K → C : En utilisant nos connaissances, le concept initial est partitionné.
  3. C → C : ces partitions ajoutent de nouvelles propositions aux concepts et en créent ainsi de nouveaux
  4. K → K : Grâce à une conjonction C → K, l’expansion de C peut provoquer l’expansion de l’espace K

Ce processus se schématise de la manière suivante :

Un exemple de réalisation

Elmar Mock est l’un des inventeurs de la montre Swatch. Il affirme que l’innovation est un processus non-linéaire, qui exige un va-et-vient entre les deux espaces (concepts et connaissances).

Il décrit l’invention de la Swatch, par tâtonnements successifs entre concepts et connaissances :

  1. Concept: créer une « montre bon marché, de bonne qualité, rapidement et fabriquée en Suisse ».
  2. Connaissances: l’état des connaissances, à l’époque, ne permettait pas de fabriquer un produit répondant à ce concept.
  3. Concept: sur la base de cette réalité, un nouveau concept est proposé, celui de la « montre jetable ».
  4. Connaissances: Grâce aux connaissances possédées par l’équipe en technique des matériaux, la montre en plastique prend vie. Quel changement : la montre suisse est désormais en plastique, non réparable et à bas coût.
  5. Concept: une fois le process de fabrication au point, se pose la question de la vente. A l’époque, une montre suisse est un objet qui se répare, fait de métaux, parfois précieux. Comment vendre une montre en plastique, perçue comme un produit bas de gamme ? Un concept supplémentaire émerge, celui de la « montre comme accessoire de mode »
  6. Connaissances: mais comment faire fabriquer un accessoire de mode par des spécialistes horlogers, plus à l’aise avec les métaux, l’usinage et toutes les techniques de production mécanique. Le monde de la mode a été une connaissance à acquérir, par le biais d’experts, consultants et du recrutement. L’environnement de la vente de ces produits de la mode (boutiques plutôt que les bijouteries) a également été une connaissance à acquérir

 

Mettre en place la théorie K-C

Etape 1 : Définir le produit

En s’aidant de l’état actuel, le K, on définit notre concept. L’objectif est de montrer que l’état actuel est insatisfaisant, dépassé… On s’appuie sur un QQOQCCP pour répondre aux questions suivantes :

  • Pourquoi cet objet : A quoi sert l’objet ? S’il n’est pas présent, que se passe-t-il ?
  • Qui le fabrique et l’utilise ?
  • Où est-il mis sur le marché ? Loué, vendu à distance…
  • Avec quoi est-il en interaction ? Ces éléments peuvent-ils évoluer ?
  • Quand est ce qu’il est le plus utilisé ?
  • Combien coute-t-il ?
  • Combien de fois il est utilisé ?
  • Comment l’entreprise est-elle organisée pour le délivrer ? Équipements, sous-traitant…
  • Comment il fonctionne ?
  • Pourquoi en a-t-on besoin ?

Etape 2 : Identifier le Concept

C’est l’étape créative de la méthode C-K. Il s’agit de définir plusieurs concepts projecteurs issus du concept initial :

  • Chaque concept projecteur est volontairement éloigné du concept initial, afin d’explorer des zones différentes
  • Les concepts projecteurs sont définis par l’équipe de pilotage et ont pour but de revisiter l’identité du produit

 

L’objectif est de disposer de plusieurs concepts projecteurs, afin d’éclairer une problématique de la façon la plus large et s’éloigner des effets de fixation.

Dans la pratique, on sépare l’équipe en plusieurs sous-groupe animé par une personne désignée. Chaque sous-groupe utilise des outils de la créativité(SCAMPER…) pour s’aider à remettre en cause la définition du produit. Afin de simplifier le travail de créativité, chaque sous-groupe aura à travailler sur une partie spécifique de la définition du produit (exemple : le groupe 1 va travailler sur le sujet de la mise sur le marché, le groupe 2 sur le fonctionnement l’objet…)

Comme chaque sous-groupe présentera le résultat de son travail aux autres participants, il y aura enrichissement mutuel. Des restitutions intermédiaires sont prévues afin de dynamiser le travail des groupes, non pas dans une logique concurrentielle mais au contraire dans une stratégie collaborative globale: l’idée d’un sous-groupe peut soit résoudre le blocage d’un autre groupe ou ouvrir de nouvelles perspectives.

Etape 3 : Explorer les concepts dans K

Vis-à-vis de chacun des concepts identifiés précédemment, l’objectif est d’identifier des solutions permettant de les réaliser. En ayant partitionné le sujet, lors de la phase de créativité, il sera plus facile de trouver des solutions déjà existantes. En les combinant, il sera sans doute possible de réaliser notre concept.

Etape 4 : Créer votre programme d’actions

L’objectif n’est pas de sélectionner la « meilleure » action, au risque de perdre des pistes prometteuses, mais d’élaborer une stratégie qui tienne compte des interdépendances entre les différentes propositions :

  • Les actions doivent permettre de couvrir les connaissances à acquérir ainsi que les concepts à explorer
  • Le nombre et le type d’actions à lancer doit être le plus astucieux possible, pour apprendre beaucoup et à moindre coût
  • Les actions sont à envisager comme des itérations, c’est-à-dire des explorations progressives dans la recherche de l’innovation

 

 Source

A. Hatchuel, B. Weil (1999) – Design-Oriented organizations : Towards a Unified Theory of Design Activities

A. Hatchuel et B. WEIL (2002 – La théorie C-K : Fondements et usages d’une théorie unifiée de la conception

P. Le Masson et C. Mcmahon (2015) – La théorie C-K, un fondement formel aux théories de l’innovation

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