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Source de conflits et d’incompréhensions, les paradigmes doivent être surmontés pour pouvoir conduire le changement.

Introduction

Un paradigme est ce qui nous enferme dans un mode de pensée, dans un modèle, une représentation. Le terme paradigme existe depuis 1561. Il est dérivé du grec paradeigma qui veut dire exemple, montrer1. Il était très utilisé dans la mythologie où la vie des héros étaient à suivre ou à éviter.

La notion de paradigme est depuis longtemps étudiée par des auteurs reconnus Kant, Hume… ou plus récemment par Augustin Berque ou Joël A. Baker. Ils ont tous étudiés le processus de réflexion, afin d’identifier les éléments qui régissent notre pensée de manière consciente ou inconsciente.

La notion de paradigme a été définie par Ferdinand de Saussure (1857-1913), qui l’opposait au syntagme. Mais ce sera Thomas Kuhn (1922-1996) que revient la paternité du concept de paradigme selon la définition suivante :

Un paradigme est un cadre intellectuel et social normalisé2.

Sur le plan philosophique, “est paradigme ce que l’on montre à titre d’exemple, ce à quoi on se réfère comme à ce qui exemplifie une règle et peut donc servir de modèle. C’est un modèle concret qui guide l’action humaine3″. Il induit notre façons de se questionner, de raisonner et produire du sens ainsi qu’un rapport à la vie.

Nous retiendrons la définition suivante :

Un paradigme est un ensemble de règles, de lois écrites ou tacites qui forment un cadre de pensée à l’intérieur duquel on pense, on interprète, on prend des décisions…

En matière de conduite du changement, il n’y a donc pas de standard. On fait du « sur-mesure ».

Les caractéristiques

  • Un paradigme représente une « vérité » : Il est donc non falsifiable bien que les théories scientifiques qui en dépendent le soient.
  • Le paradigme dispose du principe d’autorité.
  • Il dispose d’un « principe d’exclusion » : le paradigme exclut les données, énoncés, idées, voir les problèmes qu’il ne reconnaît pas.
  • De par sa nature, un paradigme génère une inertie intellectuelle.
  • Le paradigme rend aveugle : ce qu’il exclut n’existe pas.
  • Le paradigme crée de l’évidence en s’auto-occultant. Celui qui lui est soumis croit obéir aux faits, à l’expérience, à la logique, alors qu’il lui obéit en premier.
  • Un paradigme génère du sentiment de réalité puisque le réel est regardé en fonction du paradigme.
  • Paradigme et discours sont liés de manière récursive : le paradigme dominant produit des discours qui confortent le paradigme.
  • Un grand paradigme détermine, via théories et idéologies, une mentalité, une vision du monde. Tout changement dans notre façon de percevoir le monde change l’ensemble de nos conceptions. Nos visions du monde ont donc toutes une composante quasi hallucinatoire.
  • Un paradigme n’est paradigme que parce qu’il est partagé par une majorité de personnes d’une même communauté.
  • Suivre un paradigme génère un sentiment de confort : le fait de mettre des règles dans nos pensées, nous permet d’être en situation de confort, de bien-être.
  • Un paradigme est la première barrière au changement d’autant plus si le paradigme actuel est vu comme satisfaisant.
  • Un nouveau paradigme ramène tout le monde au point de départ. Les utilisateurs habiles du vieux paradigme qui en tiraient avantages perdent leurs atouts à mesure que s’implante le nouveau.

Le cycle d’un paradigme

Lorsque l’on étudie l’histoire, rapidement on s’aperçoit que les paradigmes sont des « objets vivants » qui évoluent perpétuellement. Si à un moment donné, un paradigme représente une vérité sur laquelle on se base pour évoluer, prendre des décisions ou encore se développer, à un autre moment cette même « vérité » n’est plus valable. Typiquement, pendant des siècles, l’on a cru que la terre était plate.

Ainsi, le cycle d’un paradigme se compose de 3 temps :

  1. La vie normale : la plupart d’une même communauté croit en un même paradigme et celui-ci répond aux attentes sans poser de problèmes particuliers. Le consensus est présent et tous y trouve son confort.
  2. La crise : le paradigme devient inadéquat. Il y a de plus en plus de situations où celui-ci ne s’adapte plus. Il ne s’agit pas d’une rupture brutale unique mais de multiples ruptures successives souvent inaperçues4.
  3. La révolution : il y a une prise de conscience générale que le paradigme ne fonctionne plus. Une reconstruction est nécessaire pour définir le nouveau paradigme.

 

Ainsi, pour T. Kuhn, l’histoire des sciences est soumise aux contingences culturelles et sociales du moment et procèderait par bonds : à des périodes calmes où règne un paradigme dominant succèdent des crises de contestation pouvant déboucher sur des remises en cause radicales du paradigme du moment. Et parfois le remplacer.

Paradigme et Lean

A l’échelle de l’entreprise, la notion de paradigme est très importante. Au plus il y a de personne, plus il y a de paradigmes et plus ceux-ci sont forts. Il devient donc complexe de faire passer des idées, de changer les choses et de mettre tout le monde dans le même sens.

Et pour autant, le monde évolue de plus en plus vite via la concurrence, la mondialisation, les normes…

Tout l’enjeu est de pouvoir mettre en place une organisation flexible qui sait s’adapter aux situations et évoluer aussi vite que son environnement l’exige.

Mettre en place cette dynamique du changement, revient à accélérer le cycle des paradigmes. Cette dynamique va permettre de ne pas attendre la « crise », toujours très destructrice et mouvementée, pour les anticiper.

Savoir réagir face aux paradigmes

On l’a dit, les paradigmes provoquent de nombreuses réactions, plus ou moins logiques et rationnelles, des personnes étant contre le changement. Voici quelques conseils sur la manière d’aborder ces personnes :

Comportement

Réaction conseillée

La personne s’énerve légèrement et coupe la discussion.

Il ne sert à rien de répondre pour le moment, on devra attendre un moment plus “ouvert“.

La personne a une réaction complètement illogique mais non violente (généralement, elle part).

Il faut alors la questionner pour comprendre pourquoi et la pousser dans sa réflexion.

La personne argumente avec des exemples démontrant le contraire de ce que nous affirmons, ceci de manière cohérente.

Il faut montrer de l’intérêt et trouver un point de convergence dans le discours pour ramener la personne vers soi.

La personne est clairement butée voir dans certain cas devient violente.

Il ne sert à rien de se prendre un coup. Il faut remettre la personne à sa place en lui laissant choisir son camp : “ce sera avec ou sans lui

Source

1 – A. Giordan (2002) – Une autre école pour nos enfants ?

2 – T. Kuhn (1962) – La structure des révolutions scientifiques

3 – N. Allieu-Mary (2010) – Grilles d’intelligibilité des disciplines scolaires : paradigme et/ou matrice disciplinaire ?

4 – G. Canguilhem (1977) – La formation du concept de réflexe

A. Kremer-Marietti (2006) – Le paradigme scientifique : cadres théoriques, perception, mutation

E. Morin (2014) – Le paradigme perdu : la nature humaine

J. A. Barker (1993) – Paradigms : business of discovering the future

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