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Nerf de la guerre, savoir justifier des gains d’une démarche d’Excellence est essentiel pour la réussite de celle-ci. Voici les clés du succès.

Introduction

La majorité du temps, les projets Lean vont demander d’investir quelques Euros ou centaines d’Euros dans des panoplies d’outils… ceci ne demandant pas de justification très particulière. Par contre, les activités Lean 6 Sigma demandent du temps et nécessite parfois des investissements plus importants. Ce temps a un coût qu’il faut justifier auprès du management.

Identifier les gains engendrés par les activités Lean Six Sigma

Il est important de distinguer 2 types de gains :

  • Des « Hard Dollars » : ce sont les gains qui impactent directement la comptabilité : réduction des coûts de production, réduction des rebuts… Ils sont faciles à identifier et à mesurer.
  • Des « Soft Dollars » : ce sont des gains difficilement mesurable et ne se retrouve pas directement dans la comptabilité : respect des normes, suppression de la nécessité d’un investissement, réduction de l’absentéisme, réduction de la non-qualité…

 Exemple de gains de non-qualité

Non Qualité interne

Non qualité externe

Coût de détection

Coût de prévention

Les rebuts (perte matière et valeur ajoutée comptable), le coût des retouches (consommation de matière supplémentaire, coût du personnel…) et les coûts de gestion (stockage, manipulation, déclarations, dérogations…)

Frais encourus lorsque le produit est retourné par le client (retraitement, amende, remboursement, retard de règlement…)

Coût mis en oeuvre pour vérifier la conformité des produits (prélèvement, auto-contrôle…)

Investissement humains et matériel engagé pour réduire les non conformités.

 

On le comprends, pour justifier les investissements dans le Lean 6 Sigma, mieux vaut montrer des Hard Savings. C’est tout l’enjeu des agents du changement. Dans nos différents articles sur les outils, vous trouverez les éléments pour identifier les gains (Voir exemple de document Excel dans les articles 5S, SMED). Ces gains permettent de calculer des indicateurs pour les services financiers :

Le Retour Sur Investissement

Le ROI, « Return Of Investment », et traduit par « Retour sur investissement », indique le temps au bout duquel un investissement est rentable. Par exemple, si le gain de votre projet est une économie de 1000 € par mois pour un investissement de 5000 €, votre ROI est de 5 mois.

Le service financier vous validera votre investissement en fonction de ce ROI. Cela dépend de la somme, mais le plus souvent les entreprises ont des règles claires : « pour un investissement de moins de 10 000 €, vous devez avoir un ROI de 12 mois »…

Avant d’aller les voir la fleur au fusil avec plein de bonnes intentions et de bonnes idées, il est grandement recommandé de recueillir ces règles pour « guider » vos actions et vos pistes à creuser.

L’inconvénient de cet indicateur est qu’il ne prend pas en compte le flux d’argent une fois le seuil de rentabilité passé. On ne compare donc que les projets vis-à-vis de ce seuil et favorise le plus souvent une vision à court terme d’un investissement.

La valeur actuelle nette

1. Concept de Valeur actuelle

Le concept de valeur actuelle nette (« Net Present Value ») repose sur le fait « qu’un Euro aujourd’hui n’est pas équivalent à un Euro demain », sachant que par principe, on aura une préférence pour le présent.

Typiquement, un investissement (F) de 10 000 € aujourd’hui pour un bénéfice de 1 000 € dans un an, la valeur nette du projet n’est pas de 1 000€. La valeur va dépendre de paramètres que nous indiquons ci-après.

L’intérêt d’actualiser les données est de :

  • Pouvoir identifier quel est le projet le plus avantageux.
  • Savoir si le projet répond aux attentes de rendements fixés par les apporteurs de capitaux.
  • Prendre en compte le risque.
  • Répondre à une logique purement financière : « Faut-il s’endetter pour construire sa maison tout de suite ou économiser d’abord ? »

Cette valeur actuelle se calcule via un taux (t%) qui représente le prix du temps. Le taux d’intérêt représente le taux auquel on peut prêter contre la promesse du remboursement futur, qui par convention est exprimé sur une base annuelle. C’est ce taux qui va permettre de convertir notre somme actuelle en une somme future.

Ainsi, 1 € aujourd’hui vaudra (1 + t%) dans un an, et donc 1 / (1 + t%) aujourd’hui (valeur que l’on appelle taux d’actualisation). Sur une année, la valeur actuelle est de :

Exemple :

Pour un taux d’intérêt de 7%, 1€ aujourd’hui vaudra 1,07€ dans un an, mais rapporté à aujourd’hui, 1€ dans un an vaut 1/1,07 = 0,93€ aujourd’hui 

Autrement dit : dans un an, je vais rembourser 1€ de mon prêt, mais aujourd’hui, ce 1€ a une valeur réelle de 0,93€.

2. Identifier le taux

Notre taux t%, va se calculer en fonction de 2 paramètres :

  • Le taux d’intérêt i% : il représente le prix du temps « brut ».
  • Le risque r% : on l’appelle communément « prime de risque », il s’ajoute aux intérêts et est représentatif du risque lié au projet.

On en déduit le taux :

t% = i% + r%

Une entreprise choisie un taux entre 7 et 15%. Il est recommandé de se renseigner auprès du service financier pour avoir cette donnée et effectuer des estimations avant de présenter le projet.

En fonction du taux i%, la démarche de réflexion financière est différente :

  • Pour un i% élevé : on recherche une rentabilité rapide. Nous avons une vision à court terme, on veut limiter le plus souvent les risques et les investissements.
  • Pour un i% faible : on est prêt à attendre pour gagner de l’argent, nous sommes dans une vision long terme et on accepte plus d’investissement.

Pour comparer correctement les projets entre eux et faire un choix pertinent, on utilisera pour tous les projets le même i%. Par contre, on ajustera le r% en fonction de leur risque respectif (gain incertain, difficulté de mise en œuvre…).

On notera que le taux généralement utilisé est de 4% pour des projets courts ou moyen terme et 2% pour des projets à long terme (plus de 30 ans).

3. Calculer la Valeur Actuelle Nette

La Valeur Actuelle Nette nous permet de traduire une suite de flux en une seule valeur actuelle, c’est-à-dire, au moment de la prise de décision.

Avec :

  • Fn : le flux de trésorerie à l’année n (le « Cash Flow »), en clair ce que votre projet a rapporté.
  • t% : Taux appliqué sur l’investissement.

4. Choix sur l’investissement

A partir de cette Valeur Actuelle Nette, on va pouvoir prendre une décision sur le projet. Nous avons 3 possibilités :

VAN < 0

Projet non rentable, il n’est pas intéressant d’investir sur ce projet à moins d’argument autre que purement financier (sécurité…).

VAN = 0

Nous sommes au seuil de rentabilité. Le projet n’est financièrement pas intéressant, mais il peut y avoir d’autres intérêts (bien être des salariés…).

VAN > 0

Projet rentable. L’investissement est intéressant car il nous rapporte plus que ce qu’il nous a couté. Sauf si un autre projet est encore plus intéressant ou plus prioritaire, on investit sur celui-ci.

Exemple

Il a été identifié que pour augmenter la productivité et suivre la demande, il vous faut investir dans une nouvelle ligne en Juste-A-Temps. L’investissement est de 150 000 € et permettra de répondre aux objectifs.

Pour démontrer du bien-fondé de ce projet, on va calculer la valeur actuelle nette. Le service financier indique un taux d’intérêt de 7% et un risque évalué à 3%. On obtient les résultats suivants :

La valeur actuelle nette demeure cependant un outil d’évaluation qui repose sur des informations difficilement prévisibles et qui requiert des capacités d’anticipation, notamment de prévision du taux d’actualisation. Le taux à un an n’est pas forcément le même à 10.

Egalement, les flux futurs (gains) sont des estimations. On devra prévoir plusieurs scénarios : Optimiste et Pessimiste.

Indice de Profitabilité (IP)

L’indice de profitabilité est le rapport entre la valeur actuelle des cash flow et le montant de l’investissement. En clair, il s’agit d’un taux de rentabilité du projet. La règle de décision est la suivante :

  • Indice > 1 : le projet est rentable, on peut l’accepter.
  • Indice < 1 : le projet n’est pas rentable, sauf « contre-indication », il ne sera pas accepté.

Taux de rentabilité interne (TRI)

Le Taux de Rentabilité Interne permet d’identifier la valeur du t% (vu ci-dessus) pour laquelle notre projet a une VAN de 0.

Il s’agit donc du taux de rentabilité du projet. Plus ce taux sera élevé, plus celui-ci sera rentable et inversement.

Pour le calculer, utiliser le solveur d’Excel. Indiquer :

  • La valeur actuelle nette comme objectif à 0
  • En changeant la valeur du Taux Global

Le délai de récupération actualisé (DRA)

Le délai de récupération actualisé ou payback se définit comme le délai au bout duquel l’entreprise récupère sa mise de fonds initiale à partir des flux monétaires actualisés (donc différents du ROI, puisque l’on considère les flux actualisés).

D’autres notions

Pour l’agent du changement, d’autres notions sont à connaître pour mieux comprendre les aspects financiers et mieux communiquer :

  • Part de marché : il s’agit du pourcentage des ventes des produits vis-à-vis du marché dans sa globalité. Par exemple, 20% de part de marché, indique que notre entreprise a 20% du total des ventes pour le marché de référence.
  • Marge : La marge est la différence entre le prix de vente et le coût de revient, ce dernier dépendant de la méthode de calcul.

 

On notera également que pour aller plus loin dans une démarche de justification des gains, vous pouvez aussi utiliser l’Analyse Coût / Bénéfice.

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