[Total : 2    Moyenne : 3.5/5]
Avec l’augmentation des cadences, l’optimisation des processus et surtout la considération plus importante des hommes dans les entreprises, l’ergonomie est aujourd’hui une activité à fort enjeu.

Introduction

La notion d’ergonomie a depuis longtemps intéressée les chercheurs. Parmi eux, on retrouve Sébastien le Prestre Vauban (1633-1707), qui avait donné des indications sur les charges maximales supportables pour les terrassiers ou encore Charles Augustin de Coulomb (1736-1806), qui avait effectué des études sur la quantité du travail journalier sans fatigue. Bien avant lui, on retrouve Plaute, un intellectuel Italien, qui au 2ème siècle avant J-C, avait identifié des déformations posturales chez les tailleurs de Pierre.

La création du terme d’ergonomie sera l’œuvre d’un ingénieur et naturaliste polonais Wojciech Jastrzebowski (1799-1882). Dans un opuscule relevant de la Naturphilosophie publié en 1857, il définissait ainsi l’ergonomie :

Par ce terme Ergonomie, dérivé du grec ergon (travail) et nomos (principe ou loi) nous désignons la “Science du Travail”, qui est l’usage des forces et facultés dont l’homme a été doté par son Créateur. La Science du Travail, compris dans l’acception la plus large du terme “ travail ”, peut être divisé en deux principales disciplines : La science du travail utile, du travail qui améliore ou qui est louable, par quoi nous entendons l’usage des forces et facultés dont l’homme a été doté par son Créateur ou leur usage pour le bien commun, et la science du travail malfaisant, du travail qui détériore ou du travail indigne par laquelle nous entendons l’usage contraire (ou l’intention d’usage contraire) des dites forces et facultés.

Ce sera à partir de 1949 via en particulier l’ergonomics research society que de réelles recherches ont été menées sur ce domaine.

La notion d’ergonomie est désormais le sujet de nombreuses normes. La norme ISO 9001 la propose sous l’expression « environnement de travail » : “L’environnement de travail se rapporte aux conditions dans lesquelles le travail effectué, y compris les conditions physiques, environnementales et autres facteurs (comme le bruit, la température, l’humidité, l’éclairage ou les conditions climatiques)“. Elle est précisée aussi dans la directive 2006/42/CE :

« Réduction au minimum de la gêne, de la fatigue et des contraintes physiques et psychiques de l’opérateur dans les conditions prévues d’utilisation suivant les principes ergonomiques suivants :

  • tenir compte de la variabilité de l’opérateur (données morphologiques, force et résistance).
  • offrir assez d’espace pour les mouvements des différentes parties du corps de l’opérateur.
  • éviter le rythme de travail déterminé par la machine.
  • éviter une surveillance qui nécessite une concentration prolongée, adapter l’interface homme-machine aux caractéristiques prévisibles des opérateurs ».

L’ergonomie a pour objectif d’adapter le travail et les machines à l’homme et non le contraire. 

Au regard de cet enjeu, l’ergonomie s’étend à 3 domaines :

  • Technique : Réduire et prévenir, les effets nocifs des conditions de travail sur l’organisme
  • Médicale : réduction des problèmes de santé et des accidents.
  • Psychologique : réduction du stress, des absences…

La santé au travail en chiffres

Selon les chiffres de l’INRS1, ces dernières décennies ont vu la diminution des AT (Accident du Travail) mais une augmentation des MP (Maladies Professionnelles).

Accidents du travail

 

Par définition, les accidents du travail prennent en compte l’ensemble des sinistres ayant entraînés l’imputation au compte de employeur d’un premier règlement (indemnité journalière, capital rente ou capital décès).

Ci-contre, les différentes causes de AT. On remarque que 3 classes représentent 70% des AT.

Les manutentions manuelles

Les manutentions manuelles représentent tous les mouvements liés aux déplacements de charge d’un endroit à un autre.

Conseils :

  • Eviter d’avoir à effectuer des manutentions : utiliser des équipements d’aides et la gravité (rails à rouleaux, racks en pente…).
  • Les deux pieds toujours au sol et en appui sur une zone stable et plane. Avoir les pieds à 30° et légèrement décalé est la meilleure position pour assurer la stabilité.
  • Les jambes sont fléchies à 90° minimum, sans être complètement pliées.
  • Le dos doit toujours être droit.
  • Le sens de départ est connu et permet de se positionner correctement avant de lever la charge.
  • Le centre de gravité doit être aligné avec celui de la charge.
  • Ne jamais essayer de porter ou de manutentionner des charges qui excèdent vos capacités.
  • Le nombre de mouvements de flexion ou de rotation du tronc nécessaire pour réaliser une manutention doit être réduit au minimum.
  • Éviter de porter des charges à une hauteur inférieure au genou ou supérieure aux épaules.
  • Éviter les à-coups et les mouvements brusques, en particuliers lorsque l’on force ou l’on porte des charges, ou lors des flexions ou des rotations du tronc.
  • Utiliser le haut du corps (tronc, muscles pectoraux) pour stabiliser une charge, et le bas du corps (muscles des jambes) pour se procurer de la force ou du mouvement.
  • Éviter tout encombrement ou espace de travail confiné pour avoir le volume nécessaire pour exécuter un travail de manutention.
  • Mettre en contact le maximum de surface du corps lorsque vous devez transporter une charge.

Accident de plain pieds

Les accidents de plain pied représentent les chutes, glissades… de notre hauteur due à une perte d’équilibre. Les causes sont nombreuses :

  • Matérielles pour 20% des cas : matériel défectueux, surfaces encombrées ou glissantes,…
  • Humaines pour 80% des cas : inadaptation physique ou mental, incapacité à réagir,…

Conseils :

  • Avoir un sol propre et non encombré.
  • Faire attention où on marche.
  • Attention à la perte de sensibilité des propriocepteurs après une position prolongée (assis par ex), risque de chute. Il est nécessaire de redoubler de vigilance les 2 premières minutes, le temps de retrouver cette sensibilité.
  • Ne pas faire deux choses à la fois : une personne distraite est une personne qui s’expose à un risque. Et se déplacer, comme assembler ou visser, est une activité de travail à part entière.

Chutes de hauteur

Les chutes de hauteur se définissent par le fait de tomber plus hauts que notre propre hauteur. Proportionnellement au accident de plain-pied et aux manutentions, les chutes de hauteur sont plus graves et engendre des blessures importantes. A elles seules, et malgré que les chutes de hauteur représentent 5 fois moins que les accidents de plain-pied et les manipulations, elles représentent 2 fois plus de décès, juste derrière les accidents en véhicule.

Conseils :

  • Toujours avoir 3 points de contacts.
  • Avoir un outil adapté, échelle, escabeau, … au lieu d’une chaise, table …
  • Respecter les règles de l’art pour l’usage des échelles : La base doit être égale à ¼ de la hauteur et l’attacher lors des travaux très haut.

Les maladies professionnelles

Malheureusement, les maladies professionnelles sont en constante augmentation malgré un travail important effectué par les entreprises pour les réduire. Nous ne parlerons pas de toutes les maladies mais principalement des TMS qui représentent plus de 80% des maladies professionnelles.

Par définition, les TMS, Trouble MusculoSquelettiques, sont un ensemble de symptômes tels que l’inconfort, une faiblesse, une incapacité ou une douleur persistante dans les articulations, les muscles, les tendons ou autres tissus mous, avec ou sans manifestations physiques2. Ils partagent les caractéristiques suivantes3 :

  • Ils ne sont pas le résultat de lésions soudaines ou spontanées.
  • Ils résultent de l’application de contraintes mécaniques soutenues ou répétées sur de longues périodes.
  • Ils peuvent aussi résulter de contraintes mécaniques au niveau des structures préalablement lésées ou déjà malades.

Autrement dit, les TMS sont dus à un déséquilibre entre les capacités fonctionnelles des personnes et les exigences des situations de travail4,6. Ils se traduisent par des douleurs, des difficultés voir l’impossibilité d’effectuer des tâches de la vie courante.

Selon les normes internationale, une posture est le maintien d’une position plus de 4 secondes.

Les outils de l’ergonomie

Les outils d’évaluation des postures peuvent être classés en fonction des parties du corps et du type de posture qu’elles permettent d’évaluer et en fonction de leur utilisation : Quantification ou Prévention.7, 8

 FréquenceForce (serrer, pousser, lever...)PostureHaut du corps (dos, bras, cou...)Bas du corps (jambe, cheville...)
Evaluation des risques TMSXXXXX
Washington ergonomicsXXXXX
TLVXX
OSHAXXX
OrègeXXX
Table de MitalXXXXX
Equation de NIOSHXXXX
Code AustralienXXXXX
SirtèsXXXXX
MACXX
ARTXXXX
Table de SnookXXXXX
Index des contraintesXXXX
LUBAXX
RULAXXXX
OCRAXXXX
CTD RiskXXX
REBAXXXXX
QECXXXXX
ManTRAXXXXX
OWASXXXXX

Il est bon de rappeler, qu’en matière d’ergonomie, se fier uniquement à un outil quantitatif qui donne un score nous permettant de justifier d’une décision est un peu réducteur. Ces outils sont basés sur des moyennes mais dans certain cas ne peuvent s’appliquer à certaines personnes. La nécessité d’une évaluation via du personnel médical peut s’avérer nécessaire.

En plus des outils, l’ergonomie est une question de culture, ce que les Japonais appellent le Kiken Yochi Training (KYT). Le KYT permet d’augmenter les compétences du personnel pour identifier les sources de risques. Elle s’appuie sur une cartographie de l’espace de travail, des conditions de travail et des incidents pour échanger en groupe et identifier les facteurs de risques.

Ergonomie et Lean

Au-delà de la nécessité de supprimer les Muda pour gagner en productivité, leurs éradications permettent de participer à la réduction des Maladies et Accident du Travail.

Pour autant, dans la plupart des cas, ces Muda engendrent en proportion des problèmes ergonomiques :

  • Des efforts supplémentaires
  • Des mauvaises conditions de travail
  • Du stress
  • De la fatigue
  • De l’énervement
  • Des mouvements supplémentaires, parfois difficiles

Mais, l’attention est portée sur le fait que supprimer tous les Muda n’est pas toujours bon vis-à-vis de la santé.

Un déplacement non nécessaire vis-à-vis de la productivité n’est pas dans forcément un Muda, mais peut être un mouvement permettant la régulation de la tension musculaire…9, 10

 Un conseil simple pour limiter les problèmes d’ergonomie : s’échauffer11

Quelque soit la qualité de la conception du poste, il est nécessaire de s’échauffer. L’échauffement, c’est préserver son capital santé de demain :

  • Il prépare à l’effort.
  • Il entretien la souplesse des articulations.
  • Il favorise la circulation sanguine.
  • Il aide à la prévention des accidents articulaires.
  • Il améliore la préparation mentale à une prise de poste.

 

Ci-dessous quelques exercices que l’on peut faire en moins de 10mn.

Source

1 – http://www.inrs.fr/

2 – K. Kroemer (1989) – Cumulative trauma disorders : their recognition and ergonomics measures to avoid them

3 – M. A. Ayoub, N. E. Wittels (1989) – Cumulative trauma disorders

4 – L. Claudon, J. C. Cnockaert (1994) – Biomécanique des tissus mous ; modèles biomécaniques d’analyse des contraintes au poste de travail dans le contexte des TMS

5 – NIOSH (1997) – Musculoskeletal Disorders and Workplace Factors: A critical review of epidemiologic evidence for work-related musculoskeletal disorders of the neck, upper extremity, and low back.

6 – P. Franchi (1997) – Agir sur les maladies professionelles – l’exemple des TMS

7 – T. Ellis (2010) – Ergonomics : assessments and evaluations for jobs improvements

8 – J. Malchaire (2001) – Evaluation et prevention des risques lombaires : classification des méthodes

9 – T. Bertrand, A. Stimec (2010) – Management des contradictions et santé au travail : exploration en pays de Lean Management

10 – F. Bourgeois (2012) – Que fait l’ergonomie que le Lean ne sait / ne veut pas voir

11 – J. M. Sanchez (2001) – Ergonomie des postes de travail

J. Malchaire, N. Indesteege (1997) – Troubles musculosquelettiques, analyse de risque

http://www.anact.fr/

Share This