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L’analyse OCRA est un outil des plus puissant pour détecter les problèmes liés à des tâches très répétitives (plusieurs fois pas minutes), avec des niveaux de charge faible (- de 3kg).

Introduction

OCRA est l’acronyme de OCcupational Repetitive Actions. C’est un outil dédié à la détection des TMS dans le cadre des tâches répétitives essentiellement pour les mains. Ce sont les professeurs D. Colombini et E. Occipinti1, de l’université de Bologne en Italie, qui ont développé cette méthode dans les années 2000.

La méthode ne s’emploi que pour des mouvements fréquents des mains liés à des charges faibles, moins de 3kg.

Le principe

La méthode repose sur 2 outils :

  1. Un indice qui permet de calculer le rapport entre le nombre d’actions par minutes effectuées durant le poste et une valeur de référence.
  2. Une Checklist qui permet d’évaluer en profondeur le processus.

A la fin, nous obtenons des indices qui vont nous permettre de « juger », si oui ou non la situation est acceptable et de mettre en œuvre les actions nécessaires.

1 – Calcul de l’indice OCRA

1.1 Calcul de l’indice ATA

L’indice ATA, Actual Technical Actions, représente le nombre d’actions techniques que l’on effectue pendant toute la durée du poste. Il dépend de la fréquence du mouvement et du temps de chacun d’eux. On va être dans 2 cas différents :

Premier cas :

Le mouvement est toujours le même. Le coefficient ATA se calcule alors de la manière suivante :

ATA = f * t

Avec :

  • f : fréquence du mouvement par minute. Attention, si les deux bras font un mouvement simultanément, on comptabilise 2 mouvements.
  • t : c’est le temps total où l’on effectue la tâche pendant le temps du poste, exprimé en minute.

Second cas :

Le travail est multitâche : c’est le cas par exemple où la personne change de poste pendant sa journée de travail. On calcule alors l’indice ATA pour chacune des tâches et on déduit l’ATA global en effectuant la somme des ATA de chacune d’elle.

1.2 Calcul du RTA

Le RTA est une valeur de référence qui représente le nombre d’actions techniques par minute qui pourrait être effectué durant la totalité du poste dans les conditions de travail que nous avons.

RTA = k * F * P * R * Fa * Rc * D

Avec :

  • k : Constante de fréquence égale à 30 par min.
  • F : Facteur de force.
  • P : Facteur de posture.
  • R : Facteur de répétitivité.
  • Fa : Facteur additionnel.
  • Rc : Facteur de récupération.
  • D : Durée de l’action.

1.2.1 Évaluation du facteur de force

On défini notre niveau d’effort lié à l’activité. Pour cela, on utilise notre perception de l’effort vis-à-vis de l’échelle de Borg CR-10. Cette échelle est particulièrement utilisée dans le domaine du sport. Elle définie des niveaux de perception et la recommandation dans son usage est la suivante (traduction du livre)2 :

combien il est lourd et fatigant. Votre perception de l’effort dépend principalement du degré d’astreinte et de fatigue ressenties au niveau musculaire ou d’essoufflement voire de gène thoracique. Mais vous devez tenir compte de vos propres impressions subjectives et non de signaux physiologiques ou de l’actuelle contrainte physique.

10, “extrêmement fort – Max P” est la graduation majeure. C’est la plus forte perception (P) que vous n’ayez jamais ressentie. Il est possible cependant d’imaginer quelque chose de plus fort. Aussi, “maximum absolu” est placé plus bas de l’échelle sans en fixer de nombre défini et marqué par un point. Au cas où vous percevriez une intensité d’effort supérieure à 10, vous pourrez proposer un nombre plus grand.

Commencer toujours par lire les expressions verbales puis ensuite choisir un nombre. Si l’effort perçu est “très faible” (ou “très léger”), dire 1 ; s’il est modéré, dire 3, et ainsi de suite. Vous pouvez bien sûr donner des valeurs intermédiaires telles que 1,5 ou 3,5, ou des décimales telles que 0,3 ou 0,8 ou 2,3.

Il est très important que votre réponse corresponde bien à votre propre perception et non pas à celle que vous pensez devoir donner, et que vous soyez le plus fidèle possible à votre intensité d’effort perçue sans faire de sur et/ou de sous estimation.

1.2.2 Facteur de posture

Le facteur de posture est dépendant de la position du haut du corps et de la proportion du temps que nous passons dans cette position pendant le temps de cycle. On va prendre en compte la position du/de :

  • Coude
  • Poignet
  • Main

1.2.3 Facteur de répétitivité

On va évaluer également le niveau de répétitivité du mouvement. Pour cela, 2 critères « valides » l’application du coefficient :

  • Le temps de cycle est inférieur à 15 secondes.
  • Une position est maintenue pendant plus de 50% du temps de cycle.

Si l’un ou l’autre des critères est validé, on appliquera un coefficient de 0,7. Dans tous les autres cas, on appliquera un coefficient de 1

1.2.3 Facteur additif

On prend également une série de critères lié à l’opération en elle-même. Si pendant l’opération, on rencontre l’une des situations décrites ci-dessous, alors on appliquera un coefficient qui lui dépendra du temps.

Les critères sont :

  • L’opération nécessite l’usage d’outils vibrants.
  • On subit ou on effectue des « chocs ». C’est le cas par exemple où l’on utilise notre main comme marteau.
  • Le travail nécessite une grande concentration et précision dans les mouvements (exemple du monteur de montre).
  • Notre corps subit des compressions importantes.
  • On est exposé à des surfaces ou un environnement froid.
  • On est obligé pour des raisons de sécurité ou autre d’utiliser des gants.
  • Le rythme de travail est clairement en lien avec une machine automatique.

Si aucun de ces critères n’est validé, on appliquera un coefficient de 1. Dans le cas contraire, on va définir la proportion du temps que celui-ci prend vis-à-vis du temps de cycle total :

  • Entre 25 et 50% du temps de cycle : 0,95
  • 51 à 80% du temps de cycle : 0 ,9
  • Plus de 80% : 0,8

1.2.4 Calcul du RPA intermédiaire

De la même manière que pour le calcul du ATA, nous sommes toujours soumis à 2 cas. Soit nous étudions un cycle monotâche où la personne effectue toujours le même cycle pendant la durée du travail, soit la personne change de poste, de gamme… et le mouvement est très différent.

Dans le premier cas, on calculera le RPA intermédiaire via la formule suivante :

RPA = k * F * P * R * Fa * f

Avec :

  • k : Constante de fréquence égale à 30 par min.
  • F : Facteur de force
  • P : Facteur de posture
  • R : Facteur de répétitivité
  • Fa : Facteur additionnel
  • f : Fréquence du mouvement par minute. Attention, si les deux bras font un mouvement simultanément, on comptabilise 2 mouvements.

Dans le cas d’une étude multitâche, la formule est la suivante :

RPAtot = RPA1 + RPA2 + … + RPAn

1.2.5 Le facteur de récupération

La récupération pendant la journée de travail est un facteur important à prendre en compte. Son considéré comme période de repos :

  • Les arrêts officiels ou non, y compris le temps pour manger.
  • Les tâches de contrôles visuels.
  • Les périodes pendant le temps de cycle permettant aux muscles d’être au repos total au moins pendant 10 sec, et cela à fréquence régulière (quelques minutes).

1.2.6 Le facteur de durée

Enfin, dernier facteur à appliquer, le facteur de durée. Celui-ci est représentatif du temps « net » que nous passons pendant une journée de travail à effectuer des tâches répétitives. Dans le cas où l’on change de poste pendant le temps de travail pour un poste sans tâche répétitive, ce temps là ne sera pas pris en compte.

1.2.7 Calcul du RPA

Dernière étape, on va déduire le RTA de l’activité. Celui-ci se calcule via la formule suivante :

RTA = RPA * Rc * D

Avec :

  • RTA : le coefficient calculé à l’étape 1.2.4
  • Rc : le facteur de récupération
  • D : le facteur de durée

2 – Utilisation de la Check List OCRA

La Check List OCRA est la même que l’indice à deux différences près :

  • La première réside dans la distinction entre le côté gauche et le côté droit, ce qui nous permet de rentrer plus dans le détail. Ainsi, chaque type de contrainte et d’effort est décomposé selon que ce soit le côté gauche ou droit qu’il l’effectue.
  • L’autre différence est le fait que l’on rentre un peu plus dans le détail des pauses, ce qui va modifier le facteur de récupération. Sont pris en compte dans le calcul : Les pauses « non officielles » d’une durée d’environ 8 minutes, Le détail des tâches qui ne font pas parties des tâches répétitives (déplacement extérieur… et les « repos » compris dans le temps de cycle.

Ainsi, en fonction du nombre total de pause ou de « micro » pauses pendant la journée de travail, le coefficient de récupération évolue.

3 – Interprétation

Une fois les résultats des deux outils obtenus, on les interpréte selon le tableau suivant :

Source

1 – D. Colombini et E. Occipinti (1996) – Proposta di un indice sinetico per la valutazione dell’esposizione a movimenti ripetitive degli arti superiori

2 – G. Borg (2001) – Borg’s range model scale

N. J. Delleman, C. M. Haslegrave, D. B. Chaffin (2004) – Working postures and movements

D. Colombini et E. Occipinti (2004) – OCRA : aggiornamiento dei valori di riferimento e dei modelli di previsione dell’occorenza di UL-WMSDs nelle popolazioni lavorative esposte a movimenti e sforzi ripetuti degli arti superiori

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