[Total : 1    Moyenne : 5/5]
Nous sommes souvent soumis à la manutention, que soit dans un bureau ou dans un atelier. Ces manutentions représentent la majorité des TMS et accidents.

Introduction

Le port des charges manuel par une personne est une notion essentielle dans l’ergonomie, la plupart d’entre nous y étant soumis. Le port des charges ici pris en compte sont les soulèvements à partir du sol et le déplacement de charge sur le plan horizontal, les deux étant fréquemment associés.

Des enquêtes montrent que 4 salariés sur 101 manipulent des charges quotidiennement. Qui plus est, les statistiques montrent que ces mouvements sont parmi les principales causes d’accidents du travail (1 sur 3) et de maladies professionnelles (3 sur 4)2.

Les risques

Les risques liés à ces actions sont autant d’ordre mécanique que cardiovasculaire, mais également la chute de ces mêmes objets. Les efforts trop élevés peuvent être à l’origine d’hernies discales, mais si la charge est en soit correctement manipulée, un mauvais contrôle de cette charge peut générer des efforts anormaux.

Chez la femme, les surpressions abdominales dues à un effort anormal peut générer un prolapsus génital (particulièrement chez les femmes ayant maternées) et des varices.

Le principe

La norme NF X35-109 définie différents seuils d’acception de l’effort en fonction de paramètres de pénibilité et de capacité. Pour cela, une expérience a été menée avec 147 personnes formées à la manutention. Ils ont eu pour objectif de choisir le poids qui leur correspondait le mieux pour soulever une charge du sol à une hauteur de 60 cm deux fois par minute. Ce choix devait répondre à deux critères : travailler au maximum en imaginant être payé au rendement et ne pas provoquer de fatigue ou de douleur lombaire.

La norme va plus loin que les normes européennes et internationales. Celles-ci ne pouvant faire de différence homme / femme puisque sujet à discrimination, elles définissent des seuils identiques pour tous. Ces seuils sont : 5, 15 et 25 kg quelque soit le sexe et l’âge.

La norme prend en compte ces différences de capacité pour définir différentes catégories de seuil que nous trouvons ci-dessous :

Type d’activité

Age

Sexe

Poids admissible en Kg

Occasionnelle

15 à 18 ans

Homme

15

Femme

12

18 à 45 ans

Homme

30

Femme

15

45 à 65 ans

Homme

25

Femme

12

Régulière

15 à 18 ans

Homme

12,5

Femme

10

18 à 45 ans

Homme

25

Femme

12,5

45 à 65 ans

Homme

20

Femme

10

Ces différents seuils ont été calculé pour les conditions suivantes au delà duquel, il faudra appliquer un coefficient d’ajustement. On retrouve les conditions standards suivantes :

  • Hauteur de prise ou de dépose comprise entre 0,75 – 1,10 m.
  • Distance de déplacement inférieure de 2m.
  • 1 manipulation toutes les 5 minutes maximum.
  • Absence de contraintes liées à des conditions de travail pénible (manque de lumière…), liées à l’environnement ou encore à l’organisation du travail.

Toute l’étude repose sur le fait que nous allons comparer les seuils de la norme avec notre situation.

On précise que la norme définie des seuils tant pour une comparaison « ponctuelle » où l’on va comparer le seuil avec notre objet, que pour des actions sur une journée de travail où l’on va comparer des seuils spécifiques exprimés en tonnage. Dans le cadre de cet article, nous ne traiterons que le premier cas.

1 – Effectuer le relevé

La première étape consiste à effectuer le relevé. La norme fournit tout un panel de question qui vont permettre de définir le poids maximal acceptable lié à notre situation de travail. Les questions sont réparties en 5 groupes définis ci-dessous.

La première lecture va définir le type de mouvement que nous effectuons. Pour cela, la norme nous donne une grille qui définit des coefficients d’ajustements en fonction de la position dans l’espace de l’objet à soulever ou poser.

La lecture du code couleur est la suivante :

2.2 – Les paramètres du mouvement

On va définir les paramètres du mouvement. On va répondre aux questions :

  • Quel est le poids moyen de notre objet ?
  • La manutention s’effectue t’elle à 1 ou 2 mains ?
  • Quelle est la distance sur laquelle l’objet est déplacé ?

La aussi, la réponse à ces questions nous permet de définir des ajustements pour réduire ou augmenter l’effort lié au mouvement.

2.3 – Les conditions du mouvement

Autre groupe de questions, les conditions dans lesquelles s’effectuent la manutention. On va retrouver 5 questions :

  • La prise en main de l’objet est elle facile ou non ? En clair, y-a-t ‘il des poignées adaptées sur celui-ci pour nous permettre de le manœuvrer facilement.
  • La charge est-elle volumineuse ?
  • Le mouvement s’effectue t’il avec une torsion du tronc ?
  • La charge est-elle instable ou fragile ?
  • Sommes-nous en position assise ou non ?

2.4 – L’environnement de travail

Là aussi une série de questions nous permettent de définir un coefficient pour ajuster la pénibilité. On retrouve 7 questions :

  • Travaillons-nous dans des conditions thermiques, chaudes ou froides, spécifiques ?
  • Y a t’il beaucoup de bruit ?
  • L’éclairage est-il adapté ?
  • Y a t’il beaucoup de vibrations ?
  • L’ambiance est-elle poussiéreuse, sale ?
  • Le sol est-il dégradé (huile, trou…) ?
  • La zone est-elle encombrée ?

2.5 – L’organisation du travail

Enfin, dernier point nous permettant d’ajuster la pénibilité, les contraintes liées à l’organisation. Celle-ci, sont au nombre de 4 :

  • Sommes-nous « pressés » pour effectuer le mouvement ?
  • Devons-nous effectuer le mouvement d’une certaine manière (parce que limité par des machines ou autres), ou sommes nous libres ?
  • Devons-nous en plus effectuer une autre tâche en même temps (tenir le dossier de fabrication de la pièce…) ?
  • Y-a-t’il des exigences qualités spécifiques liées à l’objet ?

2 – Calculer la contrainte équivalente

Une fois l’ensemble coefficient d’ajustement défini, on va calculer la contrainte équivalente de notre mouvement. En effet, les seuils définis par la norme dépendent des conditions de travail. Nous avons au regard de l’étape précédente, défini nos conditions de travail et on va les utiliser pour ajuster la valeur seuil standard . Le processus est le suivant.

2.1 – Définition des 2 coefficients les plus faibles

Parmi les coefficients précédents (on ne prendra pas en compte le coefficient lié au fait que le mouvement est fait à une ou deux mains, considéré par la norme comme le plus critique), on va effectuer le produit des deux coefficients les plus faibles.

2.2 – Déduire la charge équivalente

De là, on va calculer la charge équivalente selon la formule suivante :

Charge équivalente = (PoidsProduits de nos 2 plus petits facteurs d'ajustementsCoefficient d'ajustement lié au mouvement  fait à 1 ou 2 mains)

On le comprend la charge équivalente sera forcément égale ou supérieure au poids initial de notre élément. En effet, il est aisé de comprendre qu’en fonction de conditions « dégradées », l’effort associé est plus important.

2.3 – Définir la valeur « seuil » au regard de nos conditions

Pour savoir si nous sommes « dans la norme », nous allons ajuster la valeur du tableau de la norme en fonction de nos conditions. On va définir si l’activité est occasionnelle ou non, si c’est une femme ou un homme qui effectue le mouvement et enfin quelle âge a cette personne. En fonction de ces critères, on va définir un nouveau « poids » admissible au regard de nos conditions.

3 – Conclusion

L’étude va consister à comparer la charge équivalente à la valeur seuil calculée au regard de nos conditions :

  • charge équivalente < valeur seuil déduite : aucune action n’est à mener,
  • charge équivalente > valeur seuil déduite : des actions urgentes d’améliorations sont nécessaires, accompagnées d’actions de préventions.
Il est à noter que la version que nous présentons ici est la version 2009 de la norme. Elle a été revue en 2011. Dans sa nouvelle mouture, elle ne présente pas de “révolution” en dehors du fait de ne plus prendre en compte le fait que la tâche soit effectuée par un homme ou une femme.

Source

1 – Enquête Sumer (2010) – L’enquête surveillance médicale des expositions aux risques professionnels

2 –  CNAMTS, CRAM, CGSS, INRS (2013) – Principes et pratiques recommandés

O. Hamon, V. Roullat (2012) – Technologie des métiers du bois

B. Barthélémy, P. Courrège (2011) – Gestion des risques : méthodes d’optimisation globale

Share This