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Les tables de Snook fournissent une valeur de la proportion de la population étant capable d’effectuer une certaine tâche manuelle.

Introduction

Les tables de Snook sont dues au travail des docteurs Snook et Ciriello à l’institut de recherche Liberty Manual. Elles fournissent une valeur de la proportion de la population étant capable d’effectuer une tâche manuelle faisant partie du travail quotidien. Ces valeurs se fondent sur la base d’une recherche « psychologique » où chaque sujet devait ajuster la charge de telle sorte qu’il puisse «  travailler toute la journée avec autant d’acharnement que possible en fonction d’incitatifs, sans subir de traumatisme ni ressentir de fatigue ou de faiblesse, ni être essoufflés ou trop échauffés ».

Ces tables fournissent des valeurs adaptées essentiellement pour le bas du dos, les jambes, les épaules mais également aux contraintes physiologiques : système cardiovasculaire, données anthropométrique…

Au regard de l’aspect « psychologique » de la méthode d’évaluation des efforts, on pourrait remettre en cause son efficacité. Des chercheurs ont réalisé une étude comparative, sur le mouvement de Soulèvement, entre l’équation de Niosh qui fait référence et les tables de Snook. L’étude portant sur 353 études de poste a consisté à identifier le pourcentage de cas que les 2 méthodes ont pu évaluer de la bonne manière.

Niosh

Table de Snook

Risque important

73%

40%

Risque moyen

21%

36%

Risque faible

55%

91%

Source : W. S. Marras, L. J. Fine, S. A. Ferguson, T. R. Waters (1999) – The effectiveness of commonly used lifting assessment methods to identify industrial jobs associated with elevated risk of low back disorders.

 

Les chercheurs ont observés que la méthode de Niosh a tendance à surestimer les risques, alors que la méthode de Snook a tendance à être plus juste.

Historique

Les méthodes « psychologiques » de détermination des efforts remontent au 19ème siècles. Le premier est le Docteur Ernst Heinrich Weber (1795-1878). Il travailla sur le sens du touché et détermina que le poids doit évoluer d’environ 2,5% pour que l’on perçoive une différence notable.

C’est dans ce contexte que le laboratoire de recherche Liberty Manual souhaita utiliser ces méthodes pour l’appliquer aux efforts de Soulèvement, Abaissement… Ils ont mené une étude sur 25 ans. Au total, ce fut 11 expériences de 2 à 3 ans chacune, qui ont été mené. Chaque sujet de l’expérience a été mesuré sur 41 paramètres anthropométriques ainsi que sur des paramètres physiologiques (battement du cœur, oxygène…), et les tests furent menés sur au moins 80 heures pour chaque sujet, tous les facteurs étant sous contrôle (poids, distance…).

Utilisation

La méthode s’adapte à tout type d’environnement de travail. En utilisant la table adaptée, on pourra utiliser les valeurs pour évaluer des efforts de levée, d’abaissement, de transport ou encore de poussée / tirée.

Ces mêmes tables permettent de prendre en compte l’effort, mais aussi la posture, la durée de l’effort et la fréquence de celui-ci.

Méthode

1 – Sélectionner la bonne table en fonction de la situation

Il existe au total 20 tables différentes. Celles-ci dépendent du type de mouvement (5 au total : Soulever, Abaisser, Transporter, Pousser, Tirer), des distances de ces mouvements et si l’opérateur est un homme ou une femme.

La première tâche est de mesurer les conditions du mouvement pour sélectionner la table que nous allons utiliser.

2 – Identifier la valeur

Pour les tables Soulever, Abaisser et Transporter, il faudra mesurer le poids de l’objet.

Pour les tâches de Tirer et Pousser, on devra mesurer la valeur de la force requise, mettre en mouvement l’objet (appelé « force initiale ») puis mesurer l’effort pour garder l’élément en mouvement (appelé « force soutenue »).

D’autres éléments sont également à mesurer dont la fréquence du mouvement, ainsi que différentes distances comme les distances à parcourir ou la position des mains (voir tableau ci-dessous).

Distance Mains / Corps

Distance entre le corps et les mains lorsqu’elles maintiennent l’objet. Si l’objet est déplacé contre le corps, cette distance correspond donc à la moitié de la largeur de l’objet.

Distance verticale

Déplacement vertical des mains pendant le soulèvement ou l’abaissement de l’objet.

Distance de transport

Distance parcourue pendant la poussée, la traction ou le transport.

Hauteur des mains

Hauteur des mains de l’opérateur sur l’objet qui est poussé, tiré ou transporté.

3 – Les Règles pour identifier la valeur

Quelques règles s’appliquent en fonction de la spécificité de la situation.

Description

Règle

Exemple

Une même tâche peut être effectuée par une femme ou un homme.

On prendra alors la valeur de la table des femmes.

Sur un poste en 3*8, 2 sont des hommes, et la dernière personne est une femme.

Pour le calcul de l’effort admissible, on prendra forcément la valeur de l’effort correspondant à la table des femmes.

Pas de valeur adéquat dans les tables.

On devra prendre la valeur approchée, la plus « critique ».

La fréquence de mouvements que nous propose la table est de 15 ou 30 sec. Notre mouvement est de toute les 22 sec. On prendra alors de préférence la valeur correspondante à 15 sec, celle-ci étant forcément plus contraignante.

Sur une même journée, il peut y avoir plusieurs types de mouvements.

On va analyser chaque posture mais nous prendrons pour chaque analyse indépendante la fréquence totale pour toutes les tâches.

Un poste requiert une tâche de soulèvement toutes les 2 minutes, une poussée et un transport toutes les 5 minutes.

L’opérateur effectue donc 4,5 tâches toutes les 5 mn, soit 5 tâches.

On analysera le poste en comparant les valeurs données pour la poussée, le transport et le soulèvement, à une fréquence de un mouvement par minute.

Les éléments à soulever, Abaisser ou transporter n’ont pas de poignée ou la préhension est complexe.

Réduire de 15% le poids.

4 – Analyse

Une fois la valeur identifiée, l’analyse est simple : On devra procéder à des modifications du poste de travail si la valeur du pourcentage de personne pouvant l’effectuer est en dessous de 75%.

Limite de la méthode

La méthode de Snook ne s’applique pas dans les cas suivants où le mouvement :

  • Demande une rotation ou une torsion du tronc
  • S’effectue avec une seule main
  • Est effectué avec des obstacles sur le sol ou un sol glissant.

Par ailleurs, cette méthode étant globale, elle ne prend pas en compte les facteurs individuels comme l’âge, les antécédents médicaux…

Source

S. H. Snook, V. M. Ciriello (1991) – The design of manual handlings tasks : revised tables of maximum acceptable weights and forces.

W. Karwowski, W. S. Marras (1999) – The occupatinal ergonomics handbook

G. Salvendy (2001) – Handbook of industrial engineering

F. Rebelo, M. Soares (2014) – Advances in ergonomics in design, usability and special populations.

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